(Tiré de Info-tabac no 85, décembre 2010)
Campagne Famille sans fumée
Acti-menu remet la priorité sur l’éducation pour faire reculer le tabagisme imposé aux enfants
Pour bien marquer auprès des parents fumeurs que sa campagne contre le tabagisme involontaire dans les domiciles québécois n’est pas une entreprise déguisée pour les faire arrêter de fumer, l’équipe du programme Acti-menu de l’Institut de cardiologie de Montréal est repartie à l’assaut des consciences, le 23 septembre dernier, avec le nouveau slogan « Pour la santé des enfants, merci de fumer dehors ».
Au petit écran, le message publicitaire de la campagne a notamment donné à voir une petite fille sur le point de dormir qui, en envoyant un baiser à sa maman, expire de la fumée.
Le slogan des dernières années, « Pas de boucane dans ma cabane ! », les chœurs d’enfants le scandant impatiemment dans des annonces télévisées, ainsi que les affichettes à apposer dans les logements pour claironner aux visiteurs la volonté des parents d’un environnement sans fumée : tout cela a été mis de côté.
Lors de phases ultérieures de la campagne Famille sans fumée, Acti-menu invitera les parents à passer à l’action afin que les fumeurs parmi les membres de la famille ou les visiteurs aillent fumer à l’extérieur de la maison et de la voiture.
Pour l’heure, toute la place est donnée à l’information sur les méfaits de la fumée secondaire de tabac pour la santé des enfants.
Pour faire passer ce message et pour relancer la chasse aux mythes complaisants, la conférence de presse qui inaugurait la campagne 2010 a offert le microphone de porte-parole à trois disciples d’Hippocrate, passionnées de prévention et dotées d’une solide expérience, particulièrement en médecine familiale : les docteures Johanne Blais, Christiane Laberge et Roxane Néron.
Intoxication : un peu de physiologie
Les enfants sont particulièrement touchés par la fumée à leur domicile, ont souligné les trois médecins.
Un adulte non-fumeur fréquemment indisposé par la fumée du tabac peut parfois déménager et s’installer dans un milieu plus sain, mais un enfant n’est pas encore capable d’agir ainsi. De plus et surtout, sa respiration est différente.
À première vue, étant plus petits, et ayant de moins grands poumons, les enfants ne devraient pas inhaler plus que leur part de la pollution qui règne dans une habitation. Sauf qu’ils respirent nettement plus vite, car leur système respiratoire n’est pas complètement développé. En conséquence, ils s’intoxiquent encore plus vite que les adultes. Par-dessus le marché, les défenses immunitaires chez le bambin sont moins développées que chez l’adulte, et les enfants sont donc plus susceptibles d’être atteints d’infections du système respiratoire lorsque leurs corps sont affaiblis par une exposition fréquente à la fumée.
Des études scientifiques ont aussi fait le lien entre le tabagisme passif, d’une part, et d’autre part, la plus grande fréquence des otites et des troubles de l’apprentissage. Même la rare mais sinistre mort subite du nourrisson frappe davantage chez les bébés exposés à la fumée secondaire que chez les autres bébés.
De façon générale, à tous âges, l’exposition à la fumée est souvent associée à des irritations des yeux, du nez et de la gorge, ainsi qu’à des sinusites, des maux de tête, des étourdissements et des nausées. Quand l’exposition est prolongée, la toux, les crises d’asthme, la bronchite et la pneumonie sont plus souvent au rendez-vous dans les familles enfumées que chez les autres.
Fausses pistes et solution
Les trois porte-parole de la campagne Famille sans fumée ont voulu prévenir les parents fumeurs contre certaines illusions.
Fumer dans une pièce fermée, en espérant que la pollution ne se répandra pas dans le logement en passant sous la porte ou par d’autres ouvertures, n’est pas une solution. Fumer avec la fenêtre ouverte ou sous la hotte de la cuisine avec le ventilateur allumé n’est pas non plus une solution à la hauteur du problème, car le drainage de l’air pollué n’est pas assez efficace. Fausse piste semblable avec l’idée de fumer quand les enfants sont absents, puisque quantité de polluants finissent par saturer l’atmosphère et s’incruster dans les moquettes, les meubles, les rideaux et les vêtements. Quant aux « assainisseurs » d’air, ils ne font que masquer les odeurs sans dépolluer vraiment; tandis que les filtres à air filtrent les particules solides dans la fumée, mais pas les gaz.
La seule façon de protéger ses proches, c’est d’aller fumer dehors.
– par Pierre Croteau
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Fumée secondaire : un peu de chimie Ce qui se dégage d’une cigarette allumée peut être aspiré à un bout par le fumeur, et c’est ce qu’on appelle la fumée primaire, ou s’échapper directement dans l’air par l’autre bout, ce qu’on appelle la fumée secondaire. Le non-fumeur se trouve généralement moins proche du foyer d’émission que le fumeur, et avec de la chance, respire la fumée diluée dans un plus grand volume d’air. Ce peut néanmoins être largement suffisant pour subir des effets de l’arsenic, du benzène, du goudron, de la térébenthine, et des quelque 4800 substances, dont une foule sont toxiques et même 60 cancérogènes, que contient la fumée de tabac, peu importe de quel bout de la cigarette cette boucane provient. De plus, au départ, à volume égal, la fumée secondaire d’une cigarette contient davantage de plusieurs substances toxiques que la fumée primaire. Ainsi, par exemple, la concentration en monoxyde de carbone est 2,5 fois supérieure, la concentration en ammoniac est entre 44 et 73 fois supérieure, celle en formaldéhyde est multipliée par 51, etc. Comment cela est-il possible ? Cela l’est parce que la fumée secondaire émane d’une combustion de tabac à l’air libre et à une température de 600 degrés Celsius, alors que la fumée primaire résulte d’un feu activé par le « pompage » d’oxygène du fumeur et atteignant 900 degrés Celsius. À cette haute température, une plus grande partie de la nicotine du tabac, par exemple, est détruite, de sorte que même cette drogue à l’origine de la dépendance est en concentration trois fois moins forte dans la fumée aspirée par le fumeur que dans la fumée qui s’échappe sournoisement à l’autre bout. |