(Tiré de Info-tabac no 66, décembre 2006)
(Brèves, en page 15 du bulletin imprimé)Une Canadienne à la tête d’INWAT
La chercheuse Lorraine Greaves a été élue présidente d’INWAT (International Network of Women Against Tobacco), le réseau international des femmes contre le tabac. Celui-ci regroupe plus de 1 600 spécialistes désireuses d’améliorer la santé et le statut des femmes, en s’opposant à l’utilisation volontaire et involontaire du tabac. L’organisme publie le magazine The Net deux fois par année.
Directrice du Centre d’excellence pour la santé des femmes de sa province (www.bccewh.bc.ca), Mme Greaves est aussi sociologue et professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Colombie-Britannique. Son expertise regroupe les enjeux relatifs aux différences entre les sexes, à la santé des femmes et à la gestion des services de santé, notamment en ce qui concerne l’analyse et la cueillette des données de recherches épidémiologiques. Lorraine Greaves, une des membres fondatrices d’INWAT, y contribue activement depuis sa création en 1990. Elle a même complété plusieurs mandats à titre de vice-présidente.
Le plus récent rapport de recherche d’INWAT, Pour tourner la page : Les femmes, le tabac et l’avenir, est disponible en français via le www.inwat.org. Grâce à la contribution d’une vingtaine d’expertes de partout au monde, l’étude dresse un portrait du tabagisme féminin et propose des solutions pour le combattre.
Tabac et crises cardiaques
Il n’y a pas que la cigarette qui augmente les risques de subir une crise cardiaque. Selon une étude publiée en août dans la revue médicale britannique The Lancet, la consommation de tabac par voie orale ou par le biais de cigares, de bidis, de pipes à l’eau (narguilés) hausserait également les probabilités d’être victime d’un infarctus du myocarde. Ainsi, l’usage de tous les types de tabac devrait être découragé.
Dirigée par les professeurs canadiens Salim Yusuf et Koon Teo, de l’Université McMaster en Ontario, l’étude Tobacco use and risk of myocardial infarction in 52 countries in the INTERHEART : a case-control study a suivi plus de 27 000 patients provenant d’une cinquantaine de pays.
Elle révèle notamment que les personnes qui fument plus de 10 cigarettes par jour triplent leurs chances de subir un infarctus du myocarde par rapport aux non-fumeurs. Celles qui n’en consomment que huit doublent leurs chances, tout comme les gens qui chiquent du tabac. Fait intéressant, ces probabilités ne sont pas irréversibles pour les fumeurs légers (moins de 10 cigarettes par jour). De trois à cinq ans après avoir délaissé le tabac, ils ramèneront leurs risques au même niveau qu’un non-fumeur.
Biofiltre de Tabac ADL
Fin septembre, Tabac ADL a lancé une nouvelle marque de cigarettes, les Azur, dont le biofiltre réduirait le potentiel cancérigène de la fumée inhalée. Dévoilé en grande pompe au Centre des sciences de Montréal et fruit d’un million de dollars en recherches, son procédé de filtration tirerait profit de la « capacité des végétaux à capter et à transformer les polluants ».
Tabac ADL, fondé en 1993 par les frères Alain, Donald et Luc Paul, est devenu le 4e fabricant de cigarettes au pays grâce à ses marques bon marché Supreme, Bailey’s et Maximum, derrière les trois compagnies contrôlées par des multinationales. Le manufacturier montagnais, situé à Pointe-Bleue au Lac-Saint-Jean, emploie 250 personnes et recueille toutes les taxes requises sur le tabac, assure son président, Alain Paul. Ce dernier dirige aussi Les Technologies Biofiltre, dont les inventions pourraient servir dans d’autres secteurs, tels l’automobile ou l’aéronautique.
Les cigarettes Azur sont en vente dans les succursales Couche-Tard au
prix élevé des marques premium (environ 9,50 $ par paquet). Malgré la présence
de quelques journalistes au lancement, les médias n’ont presque pas parlé du
biofiltre, lequel n’aurait aucun impact sur la fumée secondaire ou sur les
risques cardiovasculaires. Professeur en pharmacie à l’Université Laval et
spécialiste de la composition des cigarettes, André Castonguay trouve aberrant
que l’on puisse mettre sur le marché un produit avec si peu d’évaluation
toxicologique.