(Tiré de Info-tabac no 53, août 2004)
(Brèves, en page 9 du bulletin imprimé)Massachusetts et Rhode Island sans fumée
Deux autres États de la Nouvelle-Angleterre ont franchi, en juin, la dernière étape menant à l’interdiction totale de fumer dans les bars et les restaurants, ce que les spécialistes américains qualifient de Smokefree Workplace State. Ce sont en effet habituellement les tenanciers de bars qui sont les derniers à devoir se plier aux lois de protection des non-fumeurs.
Le gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, a entériné une loi qui a banni, dès le 5 juillet, l’usage du tabac dans les quelques endroits publics intérieurs qui n’étaient pas couverts par la centaine de réglementations municipales en vigueur, dont celle de la métropole Boston. Dans le petit État voisin, le Rhode Island, le Sénat a adopté à l’unanimité une interdiction similaire en vigueur à compter de mars 2005. Gordon Fox, parrain du projet de loi, a eu droit à un bouquet de ballons de la part de militants antitabac. « Nous savons depuis des générations que la fumée des autres tue, a-t-il déclaré. Il est clair que le Rhode Island se préoccupe de la santé de ses travailleurs. »
Sept États américains disposent maintenant de lois complètes de protection des non-fumeurs. Les cinq autres sont la Californie, le Delaware, le Maine, le Connecticut et celui de New York.
Nouvelles normes sur l'affichage
Le gouvernement du Québec envisage de modifier les normes d’affichage concernant la vente de tabac aux mineurs. Selon le projet de règlement qu’il a publié dans la Gazette officielle, le 19 mai, seules les affiches gouvernementales, comportant un avis sur les effets nocifs du tabac, seraient permises dans les points de vente. Les pancartes de l’Opération carte d’identité, une campagne financée par l’industrie du tabac, seraient donc reléguées aux oubliettes. Des consultations publiques sur le sujet ont d’ailleurs eu lieu du 19 mai au 3 juillet et le ministère de la Santé a reçu une dizaine d’avis de parties ayant des intérêts dans le dossier.
La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac appuie l’initiative du gouvernement. « Les affiches de l’Opération carte d’identité incitent les détaillants à ne pas vendre de cigarettes aux jeunes seulement "parce que c’est la loi", un message qui sous-entend que fumer est une activité socialement acceptable pour les adultes, ce qui est très séduisant pour les adolescents », indique son coordonnateur, Louis Gauvin.
Cigarettes parfumées
Ne sachant plus que faire pour rendre les cigarettes attrayantes, la multinationale British American Tobacco (compagnie-mère d’Imperial Tobacco Canada) a sollicité les services d’un laboratoire québécois pour tester différentes saveurs sur des rats. Chocolat, cerise, sirop d’érable et de nombreuses autres arômes ont été éprouvés ici, les tests de tabac sur les animaux étant interdits en Grande-Bretagne depuis 1997.
Pendant 90 jours, les rats ont dû respirer de la fumée parfumée avant d’être tués pour subir une autopsie. Ces expérimentations ont suscité la grogne des groupes militant pour les droits des animaux. Quant aux différentes associations antitabac, elles y ont vu une manière d’encourager les jeunes à fumer.
Une représentante de British American Tobacco a confié au journal The Gazette que les essais avaient pour but d’examiner les risques des additifs ajoutés au tabac sur la santé. En tout, plus de 400 substances ont été étudiées.
Licensed to Kill se moque d'Altria
L’an dernier, le groupe de sensibilisation populaire américain Essential Action a mis sur pied une fausse compagnie de cigarettes, légalement incorporée dans l’État de Virginie. Son mandat : dire la vérité sur l’industrie du tabac.
Ce qui différencie Licensed to Kill des autres fabricants, c’est l’honnêteté de ses politiques… « Nous ne ferons pas taire les scientifiques qui prouveront que la cigarette cause le cancer, nous l’admettons ouvertement et nous nous en moquons. Pour être rentables, nos campagnes de marketing seront dirigées vers les jeunes afin de remplacer nos consommateurs décédés. Si les États-Unis deviennent un marché trop restreint, nous tenterons une expansion agressive dans les pays pauvres », peut-on lire sur son site Internet situé au www.licensedtokill.biz.
Fin avril, une de ses représentantes s’est rendu à la réunion annuelle des actionnaires d’Altria (anciennement Phillip Morris), le leader mondial du tabac. « Notre compagnie souhaite développer de nouveaux marchés et nous cherchons quelqu’un qui a de l’expérience afin d’organiser un massacre mondial […] accepteriez-vous de devenir notre dirigeant ? », a-t-elle demandé à Louis Camilleri, président et directeur général d’Altria. Ce à quoi ce dernier a répondu : « Vous étiez ici l’an dernier et vous m’avez demandé la même chose. Vos commentaires sont de mauvais goût. »