info-tabac

(Tiré de Info-tabac no 43, mars 2003)

(Brèves, en page 12 du bulletin imprimé)

Défense de fumer aux jeunes

À compter du 1er avril, et ce n’est pas un poisson d’avril, les mineurs d’Alberta n’auront plus le droit de fumer en public. Adoptée en janvier, une loi permettra aux policiers de saisir les cigarettes des jeunes et de leur imposer une contravention pouvant atteindre 100 $, si ces derniers fument sur le trottoir ou dans un parc, par exemple. Proposée par un simple député puis défendue par le ministre de la santé, Gary Mar, la loi sera vraisemblablement peu appliquée par les services policiers, selon les entrevues parues dans les journaux. M. Mar indique que cette démarche est complémentaire à l’interdiction aux mineurs d’acheter des cigarettes, celle-là imposée par le gouvernement fédéral.

Bien qu’ils appuient l’interdiction de l’achat, des spécialistes de la lutte antitabac accueillent mal l’initiative albertaine. Selon Garfield Mahood, directeur de l’Association pour les droits des non-fumeurs, cela fera de la cigarette un objet encore plus désiré des adolescents, en l’associant à un privilège réservé aux adultes. La Nouvelle-Écosse fut la première province à intervenir ainsi contre le tabagisme juvénile ; depuis le 1er janvier, les policiers peuvent saisir les cigarettes des jeunes, sans toutefois leur imposer d’amendes.

 

Du 3e au dernier rang ?

Les responsables de la lutte antitabac québécoise ont reçu une douche froide, en janvier, lors du dévoilement des données de l’Enquête de surveillance de l’usage du tabac au Canada (ESUTC), basées sur les entrevues de la première moitié de 2002. La proportion de fumeurs québécois serait passée de 24 % à 27 % en quelques mois, portant cette province du 3e au dernier rang canadien en ce qui concerne la faible prévalence. Les résultats de l’ESUTC étant bien publicisés par Santé Canada, plusieurs médias ont rapporté le mauvais classement québécois.

Mario Bujold, du Conseil québécois sur le tabac et la santé, et François Damphousse, de l’Association pour les droits des non-fumeurs, ont soutenu aux journalistes qu’il n’y avait pas de hausse soudaine du tabagisme au Québec. La fluctuation de 24 à 27 % est probablement due à la marge d’erreur du sondage, lequel est basé, pour 2002, sur des entrevues de seulement 500 adultes et 500 jeunes de chaque province.

Épidémiologiste à la Direction de la santé publique de Montréal, Bernard Heneman s’est penché sur les étonnants nouveaux résultats de l’ESUTC. Dans un rapport truffé de tableaux, il conclut que la récente majoration n’est pas statistiquement significative. Se fiant sur onze sondages, M. Heneman retient que la prévalence a baissé d’environ 10 points de pourcentage depuis une quinzaine d’années, tant au Canada qu’au Québec, et que l’on peut déceler une réduction de l’écart entre le Québec et le reste du pays.

Selon un sondage Omnibus de Léger Marketing réalisé fin janvier 2003 et basé sur 1 009 répondants, il y aurait au Québec 25 % de fumeurs, 35 % d’ex-fumeurs et 40 % de non-fumeurs.