(Tiré de Info-tabac no 4, février 1997)
par Jacinthe Aubin, Santé Québec et Jean Gratton, Direction de la santé publique de Montréal-Centre
On a constaté, ces dernières années, une augmentation de l'usage du tabac chez les jeunes du Québec. Mais les différentes enquêtes ne permettent pas toujours une comparabilité entre les groupes. Pour suivre l'évolution de la prévalence de l'usage du tabac chez les jeunes, non seulement doit-on se baser sur des enquêtes ayant des définitions semblables de l'usage du tabac, mais on doit aussi viser les mêmes sous-groupes de population. Le tableau 1 présente quatre séries d'enquêtes qui ont porté sur les jeunes du Québec entre 1987 et 1995.
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| Santé Québec | ||
| Enquête Santé Québec 1987 | Québécoise 15 ans et plus en ménage privé sauf Nouveau-Québec et réserves indiennes / 15-19 ans | |
| Enquête sociale et de santé 1992-1993 | Québécoise 15 ans et plus en ménage privé sauf Nouveau-Québec et réserves indiennes / 15-19 ans | |
| Centre de recherche sur les services communautaires | ||
| Enquête sur les habitudes de vie des élèves du secondaire 1991 | Étudiants au niveau secondaire au Québec | |
| Enquête ados, familles et milieux de vie 1994 | Étudiants au niveau secondaire au Québec
Clientèle des Centres jeunesse de 11-18 ans |
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| Conseil des directeurs de la santé publique du Québec | ||
| Sondage 1994 | Québécoise de 12-18 ans pouvant s'exprimer en français | |
| Sondage 1995 | Québécoise de 12-18 ans pouvant s'exprimer en français | |
| Statistique Canada | ||
| Enquête sur le tabagisme chez les jeunes 1994 | Canadienne de 10-19 ans en ménage privé, sauf Yukon et TNO :
10-14 ans des niveaux 5 à 9; 15-19 ans |
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Ces enquêtes se différencient principalement par les populations visées, soit les 15-19 ans, les 12-18 ans, les 10-19 ans et la clientèle des écoles secondaires, en distinguant cette fois les niveaux scolaires. L'âge des élèves du secondaire s'étale de 11 à 19 ans. Mais les jeunes de ces âges ne fréquentent pas tous l'école. On a tenté de pallier à cette lacune en tirant un échantillon de la clientèle des Centres jeunesse. Là encore, les décrocheurs et les jeunes au travail ne sont pas tous inclus.
Les questions posées sont généralement équivalentes entre les enquêtes, sauf pour celle de Statistique Canada qui a défini plus précisément l'usage de la cigarette. Cette enquête est donc difficilement comparable avec les autres enquêtes. Voici donc ce qu'on peut dire sur la prévalence du tabagisme chez les jeunes à partir de ces données. Le tableau 2 présente les prévalences de fumeurs selon les enquêtes, et selon le sexe lorsque l'échantillon le permet.
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| Santé Québec | 15-19 ans |
| 23
23 |
| 29
29 | |
| 28
24 |
| 39
34 | |||
| 26
23 |
| 34
32 | |||
| Centre de recherche sur les services communautaires | Élèves du secondaire1 |
| 7
11 |
| 15
22 | |
| 10
17 |
| 23
36 | |||
| 9
14 |
| 19
29 | |||
| Clientèle des Centres jeunesse, 12-18 ans | 53 | 65 | ||||
| 57 | 71 | |||||
| 55 | 68 | |||||
| Conseil des directeurs de la santé publique du Québec | 12-18 ans |
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--- | ---
--- | 24
25 | |
| ---
--- | ---
--- | 27
32 | |||
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--- | ---
--- | 26
28 |
| Statistique Canada | 10-14 ans | --- | 12 | |||
| 15-19 ans | --- | 25 | ||||
| Total 10-19 ans | 12 | 18 |
1. L'âge des
élèves du secondaire s'échelonne de 11 ans
à 18 ans et plus
Selon les enquêtes de Santé Québec, les Québécois de 15 à 19 ans comptaient autant de fumeurs en 1992-1993 (32%) qu'en 1987 (34%). En 1987 les filles en comptaient plus que les garçons. La différence était de 10%. En 1992-1993 cette différence n'était plus que de 5% (différence non significative).
Examinons maintenant les élèves du secondaire seulement. Les fumeurs sont passés de 19% en 1991 à 29% en 1994. Les filles fumaient plus que les garçons. L'augmentation s'observait à tous les niveaux du secondaire chez les filles, et pour les niveaux II, III et IV chez les garçons.
Selon les sondages réalisés par le groupe Léger & Léger inc. pour le Conseil des directeurs de la santé publique, 26% des 12 à 18 ans fumaient en 1994. En 1995 la proportion est à peu près la même (28%).
Lors de son enquête de 1994 sur le tabagisme chez les jeunes, Statistique Canada a utilisé une définition originale des types de fumeurs. Pour être considéré comme fumeur, un jeune devait avoir consommé au moins 100 cigarettes au cours de sa vie. De plus, il devait avoir fumé au cours des 30 jours qui ont précédé l'enquête. Ceux qui avaient fumé entre une et 99 cigarettes mais répondaient à la deuxième condition étaient des fumeurs débutants. Ceux qui avaient aussi fumé moins de 100 cigarettes mais ne répondaient pas à la deuxième condition étaient des fumeurs expérimentaux. L'enquête de Statistique Canada est donc difficilement comparable. Elle nous apprend qu'il y aurait au Québec 8% de fumeurs débutants de 10 à 19 ans.
En résumé, les observations sont les suivantes. D'abord, dans l'ensemble de la population de 15-19 ans, les proportions de fumeurs se maintiennent entre les enquêtes de 1987 et de 1992-1993. Les proportions de fumeurs sont semblables chez les deux sexes, dans ce groupe d'âge. Ensuite, dans les écoles secondaires, on observe une augmentation marquée des usagers de la cigarette entre 1991 et 1994 ainsi qu'une proportion plus élevée de fumeuses que de fumeurs. Finalement, l'enquête de Statistique Canada montre que l'usage de la cigarette chez les jeunes peut être définie de plusieurs façons.
Ces observations permettent de faire quelques hypothèses:
Par ailleurs, grâce aux nouvelles questions de Statistique Canada, il sera possible de suivre, dans les prochaines enquêtes, l'évolution du tabagisme expérimental et des fumeurs débutants.
L'enquête sur le tabagisme chez les jeunes de 1994 a aussi mesuré, pour la semaine ayant précédé l'enquête, d'autres formes d'usage du tabac: cigare, pipe, tabac à priser et à chiquer. Pour le groupe de 10 à 19 ans, on évalue à 6% la proportion de fumeurs de tabac autre que la cigarette; la majorité combinent les diverses formes de tabac, mais très peu le chiquent. Cependant, environ 3% fument aussi la cigarette (cette proportion est imprécise, à utiliser avec prudence).
Les fumeurs réguliers de 15-19 ans consomment en moins grande quantité en 1992-1993 qu'en 1987. Entre ces deux enquêtes, le nombre moyen de cigarettes quotidiennes est en effet passé de 15 à 12 chez les jeunes hommes, et de 14 à 11 chez les jeunes femmes.
Les données portent à croire que l'âge de l'initiation se situe de plus en plus jeune, en particulier chez les filles. Les femmes interrogées en 1992-1993 avaient commencé plus jeunes que celles interrogées cinq ans plus tôt, dans les enquêtes de Santé Québec.
Les hommes et les femmes qui avaient de 25 à 49 ans en 1992-1993 avaient commencé à fumer à 16 ans, en moyenne. Chez les personnes âgées de 50 ans ou plus, la moyenne se situait à 17 ans chez les hommes, et à 19 ans chez les femmes. La tendance à la diminution de l'âge de l'initiation est une tendance à long terme. Mais elle s'observe également à court terme. Les enquêtes auprès des jeunes du secondaire révèlent que l'augmentation des proportions de fumeurs se situe à un niveau scolaire plus précoce en 1994 qu'en 1991. Par exemple, la proportion de fumeurs augmentait entre les niveaux IV et V chez les garçons en 1991, alors qu'en 1994 elle augmente entre les niveaux II et III (données non présentées). Chez les filles, on observait une augmentation entre les niveaux I et II et entre les niveaux II et III en 1991. En 1994, l'augmentation de la proportion de fumeuses n'est significative qu'entre les niveaux I et II. Cependant, la différence entre les niveaux II et III demeure assez élevée.
Selon l'enquête sur le tabagisme chez les jeunes en 1994, 5% des jeunes de 10-19 ans (cette proportion est peu précise, à utiliser avec prudence) prévoient essayer de fumer au cours du mois suivant l'enquête. Les enquêtes du Centre de recherche sur les services communautaires permettent d'examiner certaines variables qui distinguent les fumeurs et les non-fumeurs.
En 1991, les jeunes qui n'avaient jamais fumé avaient de meilleurs résultats scolaires et étaient plus heureux à l'école. Ils étaient aussi plus nombreux à projeter des études universitaires que les fumeurs. Ils étaient beaucoup plus nombreux à être satisfaits d'eux-mêmes, à se considérer comme très heureux dans la vie et à être peu stressés. Par ailleurs, en 1994 les jeunes fumeurs ont été deux fois plus nombreux à rapporter un sérieux problème d'argent que les non-fumeurs. Si les enquêtes ne permettent pas d'établir de lien de cause à effet entre ces variables et l'usage de la cigarette, les modèles théoriques du comportement permettent de considérer ces indicateurs comme des facteurs prédisposants à l'usage de la cigarette.
L'influence du milieu social peut contribuer à renforcer le comportement de tabagisme. Ainsi, en 1994 on observait davantage de fumeurs chez les jeunes qui subissaient une influence négative de leurs amis, affirmant «mes amis me poussent à faire des conneries», que chez ceux qui subissaient peu ou pas cette influence. On observait par contre moins de fumeurs chez les jeunes qui avaient au moins une activité sociale organisée (équipe sportive, groupe culturel, vie étudiante, etc.) que chez ceux qui n'en avaient pas.
L'influence peut aussi être celle d'une personne qui fume régulièrement à la maison. En 1991, la majorité des jeunes fumeurs étaient issus de ménages où quelqu'un fumait régulièrement. À l'inverse, une majorité de non-fumeurs étaient issus de ménages où personne ne fumait quotidiennement.
Quelques pistes se dégagent de l'analyse de ces enquêtes. D'abord,
la nécessité d'intervenir très tôt, en particulier
chez les filles. L'intervention non seulement en milieu scolaire, mais auprès
de la famille contribuerait à renforcer l'action préventive. La
surveillance de l'usage de la cigarette devrait se faire de façon régulière
auprès des jeunes de 10 à 19 ans. De plus, à l'exemple
de Statistique Canada, il serait pertinent de tenir compte des catégories
de fumeurs propres aux jeunes, à savoir les fumeurs débutants
et les fumeurs expérimentaux.