(Tiré de Info-tabac no 38,novembre-décembre 2001)
Le fédéral entend bannir les « légères » par réglementation Cest par ladoption dun règlement complémentaire
à sa Loi sur le tabac que le gouvernement canadien interdira vraisemblablement
les termes trompeurs des cigarettes, comme « douces »
et « légères ». Le ministre de la Santé
Allan Rock a lancé, fin novembre, une brève période de
consultations ouverte à toutes les parties, dont lindustrie du
tabac. La réglementation laisserait aux fabricants le soin de remplacer
leurs qualificatifs de marques, en éliminant toute impression rassurante
quant à la nocivité des produits.
Au printemps dernier, le ministre Rock avait demandé au « Conseil
consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme »,
quil venait de former, de lui soumettre des recommandations concernant
le problème de ces cigarettes dites légères. Le Conseil
consultatif est composé dune quinzaine de personnalités
issues des milieux universitaires et des domaines de la santé et dintervention
antitabac, dont les Québécois Louis Gauvin, président du
Conseil, et Heidi Rathjen, de la Coalition québécoise, Louis Brisson,
de lAssociation pulmonaire, et Gilles Lépine, du Sport Étudiant
de Québec. À la suite de journées détude tenues
à Hull, réunissant un panel de douze experts internationaux, le
groupe a remis en septembre son rapport au ministre, qui à son tour la
rendu public le 1er novembre.
Le Conseil a convenu que les appellations telles que « douces »
et « légères » constituent effectivement
un problème de santé publique majeur ayant déjà
contribué au décès de milliers de Canadiens. Les experts
consultés sont davis que les cigarettes de type « légères »
natténuent pas le risque pour la santé, et quune intervention
forte, efficace et rapide du gouvernement est justifiée. En conclusion,
le Conseil suggère ce qui est aujourdhui envisagé, à
savoir ladoption dune nouvelle réglementation dans le cadre
de la loi actuelle. Il insiste aussi pour que le mécanisme qui remplacera
les termes trompeurs ne permette pas dinsinuations similaires.
Le Conseil consultatif est peu enclin à une poursuite contre les fabricants,
que cela soit en vertu de la Loi sur le tabac ou dautres lois de protection
du consommateur. Il aurait été possible de poursuivre, car larticle
20 de la loi interdit « de faire la promotion dun produit
du tabac, y compris sur lemballage de celui-ci, dune manière
fausse ou trompeuse (
) ». Mais une telle aventure aurait
pu perdurer des années, surtout si la Cour décidait dattendre
la conclusion de la saga judiciaire qui oppose présentement le gouvernement
et lindustrie sur lensemble de la loi.
Loption la plus simple et la plus rapide était donc démettre
un règlement, en vertu de larticle 23 de la Loi sur le tabac qui
édicte : « Il est interdit demballer un produit du
tabac dune manière non conforme à la présente loi
et aux règlements. » Cette procédure fut utilisée
avec succès pour linstauration énergique des avertissements
illustrés.
« Douces et légères ? Trompeuses et dangereuses. »
Santé Canada na pas tardé à mettre en pratique une
autre recommandation du Comité consultatif, qui lui suggère daxer
ses campagnes courantes antitabac sur les appellations trompeuses. Déjà,
les Canadiens peuvent voir à la télévision et dans les
journaux des annonces sensibilisant les fumeurs sur le sujet, et préparant
le terrain pour ladoption de la réglementation. Les quelque 30
millions $ dédiés aux campagnes médias en 2001-02 seraient
essentiellement consacrés à ce thème. On a pu notamment
revoir lannonce télé où des contenants de produits
toxiques portent, en dérision, des qualificatifs de type « léger »
et « doux ». Ces messages se terminent par le slogan « Douces
et légères ? Trompeuses et dangereuses. »
Il est stratégique de mettre laccent sur ce dossier, car si Allan
Rock est déterminé à agir, son poste de ministre de la
Santé nest pas coulé dans le béton. Après
autant defforts déjà déployés contre les cigarettes
« légères », un éventuel successeur
complètera certainement la tâche.
D.C.