(Tiré de Info-tabac no 38,novembre-décembre 2001)
Durant leur campagne électorale, les deux candidats à la mairie
de la nouvelle ville de Gatineau, Yves Ducharme et Robert Labine, ont promis
de ne pas simpliquer dans la protection des non-fumeurs. Peu avant, en
août dernier, des rumeurs avaient circulé sur un projet qui imiterait
la politique antitabac dOttawa de lautre côté de la
rivière des Outaouais. Les deux politiciens furent aussitôt lobjet
dintenses pressions de la part de tenanciers de bars régionaux
et même dailleurs au Québec, pour étouffer toute tentative
en ce sens.
Info-tabac a interrogé le maire élu, Yves Ducharme. Ce
dernier a admis quil nétait pas question pour Gatineau dinterdire
de fumer dans tous ses lieux publics, incluant les bars et les restaurants.
« Depuis 1998, explique M. Ducharme, le gouvernement provincial
a récupéré ce secteur dintervention. Cest maintenant
sa responsabilité. Sil faut modifier la loi actuelle, cest
à Québec den prendre linitiative. Dailleurs,
avec ses recettes de taxation du tabac et sa responsabilité en matière
de santé, la province est mieux équipée pour entreprendre
un tel défi, beaucoup mieux quune simple municipalité. »
Le conseil municipal de Gatineau étant formé délus
indépendants, et non de partis politiques, il est possible que la Commission
Ville en santé, présidée par le conseiller Luc Montreuil,
ne partage pas lopinion du maire et veuille reconsidérer la question.
Lété dernier, un projet de sondage de lopinion des
citoyens fut mis de côté, en attendant la fusion. Le conseiller
Pierre Phillion serait favorable à une protection accrue des non-fumeurs,
une voie quappuierait volontiers la Direction de la santé publique
de lOutaouais. Contrairement à la perception répandue depuis
1998, les municipalités québécoises nont pas perdu
le pouvoir dadopter une réglementation plus sévère
que la loi provinciale, a précisé Lorraine Beaupré, attachée
politique de la ministre Agnès Maltais. Dans un tel cas, le ministère
de la Santé ne sopposerait pas au règlement en question,
a-t-elle estimé, après consultation.
Succès à Ottawa
Du côté dOttawa, le règlement municipal antitabac,
en vigueur depuis le 1er août, suscite toujours lappui dune
forte majorité de la population mais aussi laversion de beaucoup
de tenanciers de bars. Plusieurs de ces derniers tentent encore daccommoder
les fumeurs avec des patios chauffés entourés de toiles. Le maire
Bob Chiarelli et 15 des 21 conseillers ont signé en novembre une lettre
commune attestant quOttawa ne réévaluera pas sa politique
sur le tabac. Les élus souhaitent ainsi freiner le mouvement de contestation
du groupe PUBCO qui réunit quelque 170 entreprises détentrices
de permis dalcool.
Lors dune visite à quelques bars et restaurants dOttawa à
la mi-octobre, nous avons constaté que linterdiction de fumer était
très bien respectée par le personnel et la clientèle. Parmi
ces lieux, seule une salle de billard avait aménagé un local fermé
pour les fumeurs à larrière, prétendument privé.
Ce genre dinitiative est sous enquête par la municipalité.
Tenu du 26 septembre au 1er octobre auprès de 407 citoyens de la région
de la capitale fédérale, cest-à-dire Ottawa et Gatineau,
un sondage Decima révèle un support accru à lavant-gardiste
règlement antitabac ; 65 % des répondants lappuient
généralement (19) ou fortement (46), alors que 31 % sy opposent
généralement (10) ou fortement (21), tandis que 4 % ne sétaient
pas exprimé. La grande majorité des citadins (70 %) nont
pas modifié leur fréquentation des restaurants et bars dOttawa
depuis linterdiction de fumer, alors que 13 % affirment y aller plus
souvent, et 14 % moins souvent.
Bien que le règlement municipal dOttawa semble là pour rester,
il sera intéressant de surveiller son impact sur les affaires des bars
sans fumée de la capitale, et sur celles des restaurants encore enfumés
de Gatineau, au Québec.
D.C.