(Tiré de Info-tabac no 37, septembre-octobre 2001)
On mange et on boit sans fumée à Ottawa Malgré quelques grincements de dents fort prévisibles de la
part de certains fumeurs et de plusieurs tenanciers de bars, linterdiction
totale de fumer dans tous les endroits publics se déroule très
bien à Ottawa. Dès le 1er août, date dentrée
en vigueur du règlement, tous les restaurants et la plupart des bars
ont retiré les cendriers, leurs employés rappelant la consigne
aux rares fumeurs fautifs. Quelques établissements licenciés ont
toutefois attendu la fin de la période de clémence, le 4 septembre,
pour se conformer aux directives.
En revanche, environ 200 commerçants, regroupés sous le vocable
de Pub and Bar Coalition of Ontario (PUBCO), sopposent au règlement
en Cour, alléguant que la municipalité outrepassait ses compétences
en interdisant totalement de fumer. Fin août, en première instance,
le juge Gérald Morin a rejeté cette requête en donnant raison
à la municipalité ; un représentant du gouvernement
de lOntario avait dailleurs témoigné en faveur du
règlement. « Ce jugement nest pas important seulement
pour la ville dOttawa, a déclaré le maire Bob Chiarelli.
Il aura un impact à travers le pays. Nous avons établi un précédent
qui aura des retombées. »
Quant au Dr Robert Cushman, médecin hygiéniste en chef dOttawa,
il a dû intervenir régulièrement dans les médias,
soulignant les méfaits de la fumée de tabac, surtout chez les
personnes les plus exposées comme les employés de bar. À
lopposé, des tenanciers ont répété quil
valait mieux des employés enfumés que des employés au chômage.
Selon un avocat du PUBCO interrogé par le Toronto Star, les bars
dOttawa auraient perdu en moyenne 16 % de leur chiffre daffaires
depuis le 1er août. Côté restauration par contre, tout est
au beau fixe, lassociation locale ayant même appuyé le règlement
municipal. Daprès un sondage de Corporate Research Group réalisé
en août, 58 % des citadins étaient en faveur de cette interdiction
complète (37 % contre, 5 % sans opinion), comparativement à
46 % en avril.
Du 4 septembre au 4 octobre, les huit inspecteurs nont émis quune
cinquantaine de contraventions, 97 % des établissements se conformant
au règlement. Une vingtaine de petits bars de quartier permettraient
encore le tabac, selon Linda Anderson du service municipal des inspections.
Intérêt à Gatineau
Ayant bénéficié des conseils du Dr Cushman, la commission
municipale Hull en Santé souhaiterait que le progrès accompli
à Ottawa puisse traverser la rivière et créer une brèche
au Québec. Cependant, outre une prévalence supérieure à
celle dOttawa, ce projet fait face à deux obstacles importants.
Dabord, la ville de Hull fusionnera avec quatre municipalités au
1er janvier 2002 pour former une cité denviron 225 000 habitants,
du nom de Gatineau ; toute proposition doit donc attendre larrivée
de la future administration. De plus, Gatineau devra éventuellement obtenir
un amendement à la loi québécoise sur le tabac qui, depuis
1998, enlève aux municipalités le droit de réglementer
son usage, contrairement aux autres provinces.
Rappelons quau Québec, à compter du 17 décembre prochain,
les nouveaux restaurants, ou ceux rénovés à plus de 50
%, devront cloisonner et ventiler leur section fumeur (dun maximum de
40 % des places) sils tiennent à en offrir une.
Ailleurs au pays
À lautre bout du pays, les tenanciers ruraux de bars et de restaurants
de Colombie-Britannique ont pour leur part réussi à faire retarder
lentrée en vigueur de linterdiction provinciale de fumer
dans ce type détablissements, du 10 septembre 2001 au 30 avril
2002. Dici là, une commission formée de cinq députés
reconsidérera la pertinence du règlement du Workers Compensation
Board. Cétait la première fois en 70 ans que le gouvernement
renversait un règlement du WCB. Ce recul a été fortement
critiqué dans les milieux de la santé et dans les médias.
À Calgary le 1er octobre, le Conseil municipal a refusé la proposition
dimiter le règlement déjà en place à Edmonton,
soit linterdiction de fumer dans les restaurants accessibles aux personnes
mineures. À lapproche des élections, le Conseil a décidé
de simplement prohiber la présence denfants dans les sections fumeurs
(pas nécessairement cloisonnées), cela à compter du 1er
janvier. En été 2002, les futurs élus devront réévaluer
cette politique qui a choqué les organismes de santé.
Selon une compilation de la Société canadienne du cancer, 39 villes
ou régions canadiennes interdisent déjà de fumer dans leurs
restaurants dont 21 dans leurs bars. Les provinces les plus avancées
sont la Colombie-Britannique et lOntario. « Il est de plus
en plus facile dadopter ce genre de règlements. Cest pourquoi
on assiste à un effet boule de neige. Dans un proche avenir, tous les
Canadiens auront des lieux de travail sans fumée », estime
Rob Cunningham de la Société.
D.C.