(Tiré de Info-tabac no 37, septembre-octobre 2001)
Remarquable baisse du tabagisme québécois Les Québécois ne forment plus la section fumeur au Canada. Plusieurs
sondages confirment ce que bien des gens remarquent dans leur entourage :
beaucoup de fumeurs sont récemment parvenus à mettre fin à
leur dépendance. La dernière Enquête de surveillance
de lusage du tabac au Canada (ESUTC), dont les données furent
recueillies de février à décembre 2000, estime à
28 % la prévalence au Québec, comparativement à 24 %
pour lensemble du pays. Pour la première fois en dix ans, une autre
province nous dépasse ; il sagit de la Nouvelle-Écosse
avec 30 %. Seulement trois provinces affichent un taux nettement inférieur
au nôtre, soit lOntario et lAlberta à 23 % et la Colombie-Britannique
à 20 %.
« Je ne suis pas vraiment surpris de cette baisse, commente
Mario Bujold, directeur général du Conseil québécois
sur le tabac et la santé. Le Québec profite dune stratégie
antitabac assez complète qui a fait ses preuves ailleurs. Il est normal
que le tabagisme satténue à la suite entre autres de linterdiction
de fumer au travail. Le débat social qui a entouré ladoption
de la Loi sur le tabac a entraîné un désir de cesser de
fumer. Le succès des Défis Jarrête, jy
gagne ! en témoigne. Mais lampleur de la réduction
métonne quand même un peu. » Entamant sa 25e
année dactivités, le Conseil fut témoin de périodes
moins heureuses dans lhistoire de la lutte antitabac québécoise,
notamment la pénible chute des taxes de 1994 laquelle, en coupant de
moitié le prix des cigarettes, avait relancé le tabagisme surtout
chez les jeunes.
Une descente continue
En 1994 et 1995, on dénombrait entre 36 % et 38 % de fumeurs
au Québec selon lenquête de cohorte de Santé Canada
qui faisait autorité à lépoque. Les sondages fédéraux
de 1996 à 1997 tournaient autour de 34 % pour tomber enfin à 30
% en 1999, toujours pour le Québec. Tout laisse espérer que cette
descente agréable ne sarrêtera pas au taux de 28 % puisque
des incitatifs à la cessation sajoutent régulièrement
au tableau. Citons, en octobre 2000, linterdiction dune grande partie
de la publicité du tabac et linclusion des aides pharmacologiques
au Régime dassurance médicaments. On a aussi assisté,
depuis décembre dernier, à linstauration des avertissements
illustrés sur les paquets et, en avril, à une hausse tangible
de la taxation. De surcroît, de nouveaux programmes seront effectifs dans
un futur plus ou moins rapproché, grâce aux hausses considérables
des budgets antitabac gouvernementaux en 2001-02.
Les 15-24 ans en progrès
Dans chacune des dix provinces, lESUTC a interrogé environ 1000
jeunes de 15 à 24 ans et autant dadultes de 25 ans et plus, pour
un total de 20 415 répondants canadiens. Cest également
au Québec que lon a rapporté la plus forte baisse du tabagisme
parmi les jeunes, passant de 36 % en 1999 à 30 % en 2000. Les prévalences
rapportées ici sont celles des fumeurs actuels, soit les fumeurs occasionnels
combinés aux fumeurs quotidiens.
Miracle au Québec français ?
Deux récents sondages omnibus de Léger Marketing confirment la
nette tendance révélée par Santé Canada. Basé
sur 1007 répondants et réalisé en mars, le premier estimait
la prévalence québécoise à 29,6 %, soit 30,8 % chez
les hommes et 28,4 % chez les femmes. Étonnamment, les régions
francophones du Québec métropolitain, de lest et du centre
de la province affichaient un taux moyen de 24 %, alors que les régions
bilingues du Montréal métropolitain et de louest du Québec
traînaient de la patte avec une moyenne de 32,3 %. Un miracle aurait-t-il
eu lieu au Québec français ?
Réalisé en mai auprès de 500 adultes dans le cadre de la
série Tendances 2001, le second sondage omnibus est arrivé à
une proportion de 27 % de fumeurs québécois. Parmi ces derniers,
68 % avaient lintention darrêter, 28 % de continuer et
4 % ne le savaient pas. Même si cette question na été
posée quà environ seulement 135 fumeurs (27 % de 500 personnes),
le pourcentage de ceux qui veulent écraser est surprenant et significatif.
Selon Michel Simard, directeur des relations publiques chez Léger Marketing,
limage de plus en plus négative du tabagisme ninfluencerait
pas la sincérité des gens. « Les répondants
se plient volontiers au jeu et disent la vérité. De plus, des
techniques de sondage sont utilisées pour les mettre en confiance »,
explique-t-il.
Baisse des ventes
Les ventes de cigarettes par habitant témoignent également dune
réduction sensible du tabagisme québécois. De 1996 à
2000, la consommation annuelle de cigarettes usinées est passée
de 2262 à 1771 unités par habitant (de plus de 14 ans), soit une
baisse de 22 %. Cette réduction est toutefois en partie contrecarrée
par une hausse des ventes des bâtonnets de tabac, très populaires
au Québec mais dont les statistiques ne sont pas encore disponibles pour
lannée 2000.
Analyste des politiques à lAssociation pour les droits des non-fumeurs,
Francis Thompson trouve phénoménal que la réduction du
tabagisme soit de deux à trois fois plus rapide au Québec quen
Ontario. « Jai demandé à plusieurs de mes
collègues sils connaissaient dautres exemples de baisses
de consommation aussi importantes. Leur réponse fut non. Lampleur
de la baisse me surprend encore. Cela confirme un changement de mentalité »,
dit-il.
Il est effectivement très laborieux de diminuer la prévalence
du tabagisme dans une population. Lors de la Conférence mondiale sur
le tabac OU la santé, en août 2000 à Chicago, le gouvernement
de lAfrique du Sud avait mérité un prix fort convoité
suite à une baisse de 30 % des ventes de cigarettes entre 1991 et
1998. Quant au gouvernement canadien, un leader mondial dans le domaine, il
a pour modeste objectif de faire tomber la prévalence à 20 % dici
dix ans. Même à une cadence modérée, toute réduction
régulière est donc marque de succès.
Des enfants enfumés
Les enfants québécois ne profitent pas encore tous de cette évolution.
Selon lESUTC de 2000, ils demeurent les plus exposés au pays à
la fumée des autres. Pas moins de 42 % des adolescents québécois
respirent régulièrement cette substance à domicile, comparativement
à 31 % pour lensemble du pays. Chez les petits de 0 à
11 ans, la proportion est de 36 % au Québec et de 24 % pour
le Canada ; les enfants de Colombie-Britannique ont les poumons les plus
roses, avec une exposition au foyer de 15 % seulement.
76% de non-fumeurs au Canada
Parmi les adultes de 15 ans et plus, la population canadienne est composée
de 24 % de fumeurs et de 76 % de non-fumeurs. Plus exactement, on
dénombre 20 % de fumeurs quotidiens, 5 % de fumeurs occasionnels,
26 % danciens fumeurs et 50 % de personnes nayant jamais fumé.
La prévalence est un peu plus élevée chez les hommes (26
%) que chez les femmes (23 %). (Tous les pourcentages de lESUTC ont
été arrondis au chiffre près ; cest pourquoi le total
ne fait pas toujours 100 %. )
Au Québec, on fume encore davantage quailleurs au pays. Le tableau
suivant compare nos pourcentages de fumeurs actuels (quotidiens + occasionnels)
avec ceux du reste du Canada (R. du Can.). Les jeunes Québécoises
de 15 à 24 ans affichent la plus haute prévalence au pays, avec
40 %.
|
Sexes et âges
|
Québec(%)
|
Reste du Canada(%)
|
Canada(%)
|
| H+F, 15 ans et + |
28%
|
23%
|
24%
|
| H+F, 15-19 ans |
30
|
23
|
25
|
| H+F, 20-24 ans |
38
|
30
|
32
|
| H+F, 25-44 an |
34
|
29
|
30
|
| H+F, 45 ans et + |
21
|
17
|
18
|
| Hommes, 15 ans et + |
28
|
25
|
26
|
| Hommes, 15-24 ans |
29
|
28
|
28
|
| Hommes, 25 ans et + |
28
|
24
|
25
|
| Femmes, 15 ans et + |
28
|
21
|
23
|
| Femmes, 15-24 ans |
40
|
27
|
30
|
| Femmes, 25 ans et + |
26
|
21
|
22
|
Volonté décraser
Les fumeurs québécois ont pourtant autant lintention que
les autres Canadiens, sinon plus, de rompre avec leur habitude. Parmi les fumeurs
actuels du Québec, 55 % ont affirmé aux sondeurs quils
« pensaient sérieusement à cesser de fumer »
dici 30 jours ou dici six mois. Cette proportion est de 52 %
dans les autres provinces.
Les efforts récents de cessation correspondent dailleurs à
la volonté exprimée. Au Québec, 38 % des fumeurs quotidiens
avaient essayé décraser dune à trois fois au
cours des 12 derniers mois ; 12 % dentre eux ont fait quatre tentatives
ou plus ; 50 % nen ont fait aucune.
Liens pertinents : www.info-tabac.ca/liens37.htm
D.C.