(Tiré de Info-tabac no 36, printemps 2001)
Bénéfices records pour les fabricants canadiens Les deux principaux fabricants de cigarettes au Canada, Imperial Tobacco et
Rothmans, Benson & Hedges (RBH) ont tous les deux réalisé
des bénéfices dexploitation records en 2000. La troisième
compagnie, JTI-Macdonald, nest pas tenue de diffuser ses rapports financiers,
nétant pas cotée en bourse. On peut supposer que cette filiale
de Japan Tobacco se porte également très bien, puisquelle
partage les mêmes activités et prix élevés de ses
deux concurrents.
909 millions $ pour Imperial
Pour les mois de février à décembre 2000, Imperial Tobacco
affiche des revenus de 1,702 milliard $ hormis les taxes sur le tabac, et des
charges dexploitation de 844 millions $, réalisant ainsi des bénéfices
dexploitation de 858 millions $. Ces bénéfices phénoménaux
dépassent maintenant la moitié des revenus ! En y additionnant
ceux de janvier 2000, de 51 millions $, alors que le fabricant appartenait
à Imasco, Imperial a réalisé des bénéfices
dexploitation de 909 millions $ en 2000, soit 4,3 % de plus quen
1999 (871 millions $).
Lors de sa fusion à la multinationale British American Tobacco, en février
2000, Imperial Tobacco fut évalué à 9 milliards $, dont
8,2 milliards $ pour ses seules marques de commerce.
51 milliards de cigarettes
Les profits records des fabricants ne sexpliquent pas par des hausses
de volume, puisque le marché canadien du tabac a rétréci
en 2000. Selon Imperial, lindustrie a vendu léquivalent de
51 milliards de cigarettes lan dernier, comparativement à 52,8
milliards en 1999 et 53,2 milliards en 1998. Le pays aurait donc réduit
sa consommation de 4 % en deux ans. Compte tenu de la croissance de la
population canadienne de 0,8 % annuellement la consommation
de tabac per capita aurait donc reculé de 2,8 % par année
depuis 1998.
En 2000, lensemble de lindustrie canadienne a vendu 43,4 milliards
de cigarettes usinées, ainsi que 1,8 milliard de bâtonnets à
finir et du tabac haché pouvant former 4,1 milliards de cigarettes. Le
1,7 milliard manquant provient des exportations, lesquelles sont normalement
fumées par les Canadiens eux-mêmes (achetées aux États-Unis,
en contrebande ou dans les boutiques hors taxes). Imperial Tobacco évalue
ses parts de marché à 68,7 % pour les cigarettes usinées
et 64,3 % pour le total des expéditions.
En plus de lessoufflement du volume global, les trois grands fabricants
subissent la montée des marques économiques et importées,
dont les parts de marché sont passées de 1,6 à 2,3 %
en 2000, soit une augmentation remarquable denviron 45 % en douze
mois. Les hausses de taxes et linterdiction de la publicité du
tabac axée sur un style de vie, comme les commandites, favorisent ce
secteur. « Poison pour poison, mieux vaut payer moins cher »,
semblent se dire davantage de fumeurs.
La direction dImperial Tobacco entrevoit le reste de lannée
avec optimisme : « La compagnie prévoit une augmentation
régulière de ses bénéfices dexploitation pour
2001, en comparaison avec lannée précédente. Cette
majoration devrait découler de gains de parts de marchés, dune
productivité accrue, et de hausses de prix. »
201 millions $ pour RBH
Le second fabricant, Rothmans, Benson & Hedges, déclare pour sa part
un chiffre daffaires de 538 millions $, hormis les taxes, pour les douze
mois se terminant au 31 mars 2001. Ses charges dexploitation étant
de 337 millions $, elle vient de réaliser des bénéfices
dexploitation de 201 millions $, en hausse de 8,6 % sur lexercice
précédent. La compagnie attribue son succès à une
compression des charges et à une hausse de parts de marché. RBH
passe sous silence les hausses de prix aux grossistes.
Depuis mars 2000, les prix des cigarettes des trois fabricants ont pourtant
augmenté quatre fois, pour un total de 1,91 $ la cartouche. La dernière
augmentation, de 0,88 $ la cartouche, à la fin davril, fut notamment
mise sur le compte de la surtaxe sur les impôts des fabricants, laquelle
datait pourtant de 1994.
Ces récentes majorations de prix rapporteront aux trois fabricants plus
de 400 millions $ par année, de façon récurrente bien entendu.
Un autre facteur contribue vraisemblablement aux hausses de profits des fabricants,
soit la réduction obligatoire de leurs dépenses de commandites
et de publicité, en vertu des législations entrant en vigueur.
Pendant que les trois fabricants et les gouvernements encaissent des milliards
$, les grossistes et les petits détaillants du tabac se livrent une féroce
concurrence entre eux, leurs bénéfices nets sur ce produit étant
souvent nuls !
D.C.