(Tiré de Info-tabac no 34, automne 2000)
Québec subventionne le Zyban et les Nicodermpar Denis Côté
Depuis le 1er octobre, le Régime général dassurance
médicaments du Québec couvre certains produits pharmaceutiques
daide à larrêt tabagique. Il sagit du Zyban,
des timbres cutanés Nicoderm, ainsi que, à titre de médicaments
dexception, des gommes Nicorette et Nicorette Plus.
Lannonce officielle de cet appui gouvernemental aux fumeurs a été
faite le 20 septembre par la ministre de la Santé et des Services sociaux,
Pauline Marois, au moyen dun communiqué. Le coût prévu
de ce programme est de 5 millions $, soit 0,4 % des 1,2 milliards
$ en médicaments remboursés par le Régime. Le Conseil consultatif
de pharmacologie (CCP), qui a recommandé la mesure, estime que 60 % de
cette facture proviendra des timbres, 30 % du Zyban et 10 % de la
gomme.
Président de lOrdre des pharmaciens du Québec, Paul Fernet
est tout à fait satisfait de ce support financier aux fumeurs. « Cest
un autre pas dans la bonne direction de la part du gouvernement, a-t-il
déclaré. Cela va de pair avec la décision de ne plus
vendre de cigarettes dans les pharmacies. Notre mission depuis toujours,
qui est de favoriser la santé de la population, est en parfaite harmonie
avec ces deux mesures. »
25 % à débourser
Par conséquent, dans la plupart des cas, les fumeurs nont plus
que 25 % du coût des produits à débourser, puisque
le Régime est en fait une coassurance. En plus dune franchise,
le patient ne paie généralement que le quart de ses médicaments,
jusquà un maximum mensuel qui varie selon ses revenus. Ainsi, un
bénéficiaire de laide sociale, ou une personne à
très faible revenu, pourra profiter de ces aides pharmacologiques à
bas prix, soit 17 $ par mois au plus. Même durant son traitement,
il économisera en tenant compte du prix des cigarettes épargnées.
Les détenteurs dassurances privées, lesquelles concernent
plus de la moitié de la population, auront eux aussi droit à une
réduction importante car, selon la loi, les avantages de ce secteur doivent
au moins égaler la protection du régime public.
Laccès au programme gouvernemental nécessitant toujours
une ordonnance, le fumeur doit dabord aller consulter son médecin,
ce qui nest pas requis lorsquil paie lui-même les timbres
ou la gomme de nicotine. Dans les deux cas toutefois, le pharmacien est tenu
douvrir un dossier pour son patient et de le conseiller sur lutilisation
du produit. Rappelons que Santé Canada a autorisé, en juillet
1998, la vente des timbres de nicotine sans ordonnance.
Bientôt Habitrol ?
Le Régime ninclut pas encore les timbres Habitrol et Nicotrol,
puisque leurs distributeurs navaient pas soumis à temps leurs dossiers
au CCP, lequel révise, tous les trois mois, la liste des médicaments
assurés. La compagnie Novartis, qui met en vente Habitrol, a entrepris
les démarches en vue de la liste du 1er janvier 2001, a révélé
sa représentante, Hélène Thomassin. Cet empressement ne
se retrouve toutefois pas chez Johnson & Johnson-Merck, distributeur du
timbre Nicotrol.
En ce qui concerne les gommes Nicorette, elles sont couvertes seulement à
titre dexception, par exemple lorsque le médecin déconseille
les timbres cutanés à son patient pour cause dallergie de
la peau. Les timbres ont été privilégiés à
la gomme pour des raisons de coûts et non pas defficacité,
a précisé Dominique Lambert, conseillère au CCP. De plus,
de fréquents problèmes dobservance thérapeutique
ont été relevés.
Déçue de voir son produit ainsi déclassé, la compagnie
Aventis Pharma soumettra à nouveau linscription de Nicorette
au Régime, en expliquant mieux les étapes de cessation proposées
et les coûts réels qui en résultent. Au Canada anglais,
les gommes Nicorette sont davantage utilisées que les timbres
Nicoderm ; cela répond donc à un besoin, plaide Chantal
Blanchard, chef de produits chez Aventis Pharma. Après les trois premières
semaines doctobre, le Régime na remboursé que six
ordonnances de gomme, comparativement à 7157 pour les timbres Nicoderm
et 7176 pour les comprimés de Zyban.
Bien que le CCP nait guère adhéré à la gomme
Nicorette, madame Blanchard est enchantée du programme gouvernemental.
« Le Québec est très proactif, se réjouit-elle.
Cest la première province au Canada à aider ainsi les
fumeurs. Cest bien agréable de travailler dans ce secteur maintenant,
puisquil y a plein de nouvelles mesures qui entrent en vigueur en même
temps. Cela fait avancer les gens dans leur intention darrêter de
fumer. »
Deux fois plus efficace
Le Conseil consultatif de pharmacologie estime le taux dabandon du tabac,
avec laide des timbres, de la gomme ou du Zyban, à environ 40 %
après douze semaines. Quant au Dr Michèle Tremblay, elle reconnaît
que ce taux est grandement réduit après un an. Avec ses collègues
André Gervais et Chantal Lacroix, Mme Tremblay est coauteure des lignes
directrices concernant le tabagisme, émises par le Collège des
médecins du Québec.
Selon lensemble de la recherche, les personnes qui tentent de cesser de
fumer avec de laide pharmacologique ont environ deux fois plus de chances
dy parvenir, soutient toutefois le Dr Tremblay. Par exemple si, dans une
étude, des fumeurs ont obtenu un taux dabandon de 20 % après
un an avec des timbres cutanés, leurs homologues ayant bénéficié
du même suivi, mais nayant disposé que de placebos (de faux
timbres, sans nicotine), ne seront que 10 % à être restés
non-fumeurs.
Ayant participé à des ateliers sur le sujet, lors de la Conférence
mondiale sur le tabac OU la santé, à Chicago cet été,
Michèle Tremblay signale que les autorités médicales américaines
ne privilégient aucun des cinq produits pharmaceutiques disponibles là-bas,
les considérant tous dune efficacité comparable. Le médecin
est ainsi invité à prescrire, soit le Zyban, soit lune des
quatre méthodes dadministration de nicotine, cest-à-dire
les timbres cutanés, la gomme, laérosol ou linhalateur
(ces deux derniers ne sont pas encore autorisés au Canada). Les préférences
du patient, ses expériences antérieures et les contre-indications
sont alors prises en considération.
Zyban
Commercialisé au Canada depuis août 1998, le Zyban ne contient
pas de nicotine, contrairement aux autres supports pharmacologiques. Son élément
actif, le chlorhydrate de bupropion, est un antidépresseur qui agit sur
le cerveau en réduisant leffet de la nicotine. On peut lutiliser
en continuant à fumer ; toutefois, au bout dune semaine ou
deux, le besoin du tabac sestompe et il est temps décraser
pour de bon. Son achat nécessite une ordonnance. (Voir « Lancement
canadien du Zyban », Info-tabac, septembre 1998.)
Selon Janik Létourneau, pharmacienne dans une succursale Pharmaprix,
peu de médecins prescrivent à la fois le Zyban et des timbres
de nicotine, bien que cela ne soit pas déconseillé. Il est dailleurs
possible dobtenir la couverture étatique des deux produits concurremment,
en autant quils soient prescrits par le médecin.
Un traitement au Zyban pour trois mois coûte maintenant au fumeur
environ 70 $, incluant la franchise mensuelle requise par le Régime,
comparativement à environ 195 $ auparavant. Pour les timbres Nicoderm,
la facture pour dix semaines, par exemple, est réduite à environ
95 $, comparativement à 320 $ avant le 1er octobre.
12 semaines par année
Lapport du Régime est limité à douze semaines consécutives
par période de douze mois. Si un fumeur échoue avec le Zyban,
il peut par contre se reprendre avec un médicament à base de nicotine,
et inversement.
Les grands médias québécois ont bien couvert cette nouvelle
mesure, notamment les nouvelles TVA, alors que le reporter a cherché
en vain, auprès de fumeurs rencontrés au hasard, des personnes
voulant essayer les produits subventionnés. Bien que fort connus et bien
cotés dans le milieu médical, le Zyban et les timbres cutanés
ne suscitaient pourtant guère lengouement du fumeur de la rue.
Par un éditorial de Brigitte Breton intitulé Sevrage étatique,
le quotidien Le Soleil a salué avec satisfaction lannonce de la
ministre Marois. « Payer des gommettes et du Zyban aujourdhui
évitera sûrement, à plus long terme, de coûteux pontages
cardiaques et des traitements en radio-oncologie et en chimiothérapie
pour lutter contre des cancers du poumon ou du larynx », écrit
madame Breton.