(Tiré de Info-tabac no 34, automne 2000)
Boycott de lOpération Carte didentité - Zone scolaire La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac demande
à ses membres et aux autres organismes communautaires de boycotter lactuel
programme de lindustrie qui prétend contribuer à la réduction
des ventes de tabac aux mineurs. Entièrement conçue, financée
et propagée par le Conseil canadien des fabricants des produits du tabac,
lOpération Carte didentité Zone scolaire invite
les détaillants, situés près des écoles, à
refuser de vendre du tabac aux moins de 18 ans. Ayant obtenu lappui de
chambres de commerce et de députés du Saguenay, première
région québécoise rejointe, cette campagne consiste en
des annonces dans les journaux, des consignes aux marchands et de laffichage
dans les points de vente.
« Ce programme nest rien dautre quun exercice
de relations publiques dénué de tout bénéfice pour
la santé publique, il ne réduira en rien le tabagisme chez les
jeunes », prévient toutefois Louis Gauvin, porte-parole
de la Coalition. Par le biais dun communiqué de presse et dun
envoi postal à des centaines de groupes communautaires, lorganisme
entend faire la lumière sur les objectifs réels des fabricants.
« Faire confiance à lindustrie du tabac pour réduire
le tabagisme chez les jeunes, cest confier au loup la garde des moutons,
illustre M. Gauvin. Ladhésion au programme mis au point
par lindustrie est sur une base volontaire et ne comporte aucun mécanisme
crédible de vérification. Ces programmes déducation
pour les détaillants se sont toujours avérés inefficaces;
dans le meilleur des cas, les effets sont temporaires »
La Coalition déclare être davantage en faveur dinspections
systématiques et de solides sanctions contre les dépanneurs pris
en défaut, cela par des autorités gouvernementales.
Danger dans la cour décole
Lintérêt de lindustrie du tabac pour la prévention
du tabagisme juvénile nest pas exclusif au Canada. Cette nouvelle
stratégie, assez courante dans les pays développés, a régulièrement
pour effet de semer la confusion parmi les autorités sanitaires et les
groupes opposés au tabagisme. Comment réagir à cette collaboration
inquiétante de compagnies qui, en réalité, acquièrent
la grande majorité de leurs nouveaux clients à ladolescence
? Les organismes britanniques Action on Smoking and Health et Cancer Research
Campaign viennent de rendre public un rapport sur le sujet, intitulé
DANGER! PR in the Playground, ou Danger : les relations publiques
dans la cour décole en résumé français.
Après avoir étudié minutieusement des documents internes
de lindustrie, les chercheurs ont conclu que ses principaux objectifs
sont simplement de redorer son image et de promouvoir le message, sans conséquences
pour elle, que fumer est une « affaire dadulte ».
Cette pratique est rusée, puisquelle « aligne les
sociétés sur lopinion publique et politique, laquelle a
tendance à exprimer simultanément sa volonté de protéger
les enfants et de ne pas empiéter sur la liberté des
adultes », estiment-ils.
Les campagnes de prévention soutenues par les fabricants présentent
souvent le tabac comme un fruit défendu, réservé aux adultes.
Ceci a pour effet de banaliser le tabagisme chez les jeunes de plus de 18 ans,
et de le rendre attrayant pour les adolescents. Donc, rien pour réduire
les ventes de cigarettes.
Beaux joueurs, les auteurs du rapport recommandent ceci à lindustrie
du tabac : « Cessez de faire systématiquement opposition
aux mesures basées sur les faits et qui, elles, feraient la différence
(en réduisant réellement le tabagisme), soit laugmentation
des taxes, linterdiction globale de la publicité, les programmes
visant à aider les adultes à arrêter de fumer, les interdictions
de fumer dans les lieux publics et au travail, et les initiatives antitabac
dirigées par des jeunes. » (www.ash.org.uk/?advertising)
D.C.