(Tiré de Info-tabac no 32, mai-juin 2000)
Interdiction de fumer: Les sanctions sappliqueront dès le 17 juilletpar Denis Côté
Cest le 17 juillet prochain que les sanctions relatives aux interdictions
de fumer, édictées par la Loi sur le tabac du Québec,
seront mises en application.
En octobre dernier, le ministre délégué à la Santé
et aux Services sociaux, Gilles Baril, avait annoncé que les articles
de la loi entraient bel et bien en vigueur le 17 décembre 1999, tel que
prévu, mais que le gouvernement entamait, à compter de cette date,
une période dadaptation et dévaluation de six à
douze mois sans possibilité damendes aux contrevenants.
Des médias ont alors présenté cette mesure comme une période
de grâce, équivalant à un report dun an des interdictions,
ce qui avait provoqué une certaine confusion parmi la population. Cette
indulgence a également nui à lintérêt ou aux
efforts de plusieurs gestionnaires pour interdire la cigarette dans leurs locaux.
Le gouvernement met officiellement fin aux interprétations erronées
concernant la période de transition. En conférence de presse à
lHôtel du Parlement, le 4 mai, le ministre Baril, accompagné
du sous-ministre adjoint à la Santé publique, le Dr Richard
Massé, a fait le bilan des premiers mois de la loi et a annoncé
que des amendes pourront être infligées, à partir du 17
juillet, aux fumeurs et aux gestionnaires de lieux en infraction.
Proposée par la Coalition québécoise pour le contrôle
du tabac suite au report de lautomne dernier, cette date suit de 25 mois
ladoption unanime de la Loi sur le tabac à lAssemblée
nationale, le 17 juin 1998. Considérant que la loi est déjà
généralement assez bien appliquée et quelle obtient,
selon les sondages, lappui dune forte majorité de la population,
le ministère a accepté cette suggestion.
14 inspecteurs et 15 agents de liaison
Le ministre Baril a dévoilé trois autres mesures visant à
renforcer le respect de la loi. Une ligne sans frais, le 1-877 416-8222, est
en opération pour lobtention de renseignements ou pour porter plainte.
Léquipe dinspecteurs du ministère est doublée,
passant de 7 à 14 agents consacrés à la Loi sur le tabac.
De plus, les Directions régionales de la santé publique ont vu
leurs équipes tabac senrichir de 15 agents de liaison, lesquels
aideront les gestionnaires retardataires à instaurer les mesures prévues.
Devant la presse, MM. Baril et Massé ont eu à défendre
la capacité dune équipe de seulement 14 inspecteurs à
faire respecter la loi à la grandeur de la province. Malgré leur
scepticisme apparent, les journalistes ont, dans leurs reportages, clairement
laissé entendre aux fumeurs québécois quils courraient,
dès juillet, un risque réel décoper dune amende
en contrevenant à la loi.
Le ministre et le Dr Massé ont insisté sur la collaboration volontaire
obtenue et attendue de la part de la population, en se basant sur le consensus
social en faveur des lieux sans fumée, de même que sur lesprit
civique des fumeurs comme des employeurs. Ce nest quen dernier recours
que des amendes seront infligées, ont-ils expliqué.
En plus des 14 inspecteurs ministériels, des inspecteurs locaux pourront
être nommés au besoin (tels que, par exemple, des gardiens de sécurité
de centres commerciaux), lesquels auront la formation et lautorité
requises pour émettre des contraventions. Lamende prévue
pour un fumeur en infraction est de 50 à 300 $, plus les frais administratifs ;
en cas de récidive, elle sera de 100 à 600 $. Pour un gestionnaire
qui néglige de faire respecter la loi, lamende peut aller de 400
à 4000 $ par jour, ou de 1000 à 10 000 $ par jour, en
cas de récidive.
Organismes satisfaits
Par le biais de communiqués émis dans les heures suivant lannonce
gouvernementale, tant la Coalition québécoise pour le contrôle
du tabac que lAssociation pour les droits des non-fumeurs (ADNF) ont fait
part de leur satisfaction devant les nouvelles mesures.
« Il sagit dune série de mesures pratiques,
rationnelles et efficaces qui faciliteront lapplication de la Loi et qui
aideront non seulement les non-fumeurs, mais aussi toutes les entreprises qui
ont de la difficulté à implanter la loi », a déclaré
Louis Gauvin, coordonnateur de la Coalition, laquelle regroupe plus de 700 organismes
québécois. « Lapproche raisonnable et pragmatique
du ministre facilitera limplantation de la loi partout au Québec.
Cest aujourdhui un grand jour pour la santé de tous les citoyens
du Québec », sest-il réjoui.
De son côté, lADNF a également félicité
le ministre Baril. « Nous appuyons la décision du ministre
de limiter ce report à sept mois plutôt quà douze,
fait-elle valoir. Du point de vue pratique, il est beaucoup plus facile de faire
respecter la loi lors de la période estivale où les fumeurs, sils
ne disposent pas de fumoirs, peuvent à tout le moins bénéficier
dune température clémente à lextérieur. »
Le ministre Baril a également annoncé quune campagne télévisée
antitabac, audacieuse et originale, sera diffusée à compter du
25 mai à lintention des jeunes adolescents. De plus, sans en donner
les détails, il a rappelé lexistence du programme dabandon
de la commandite, doté dun budget de 12 millions $ sur trois ans,
afin daider les événements à se départir du
financement des cigarettiers avant le 1er octobre 2000.
Des timbres gratuits ?
Durant la période de questions, Gilles Baril a révélé
que les médicaments daide à la cessation pourraient être
éventuellement couverts par le Régime dassurance médicaments
du Québec. Des recommandations ont été demandées
par la ministre Pauline Marois au Conseil consultatif en pharmacologie (CPQ),
lequel révise, à tous les trois mois, la liste des produits remboursables
par le régime étatique.
Jointe par Info-tabac, Dominique Lambert, conseillère pharmaceutique
au CPQ, a précisé que son organisme a invité les fabricants
de médicaments daide à la cessation, tels que les gommes
et les timbres de nicotine, ou le Zyban, à lui présenter leurs
dossiers. Le Conseil évaluera lefficacité et les prix de
ces produits, pour ensuite soumettre ses recommandations à la ministre.
Léchéancier en cours vise la mise à jour de la liste
du 1er octobre 2000. De sorte que si le CPQ et Madame Marois le jugent opportun,
ces médicaments daide aux fumeurs pourraient être offerts
gratuitement dès cet automne.