(Tiré de Info-tabac no 32, mai-juin 2000)
Pas si élémentaire, la prévention au primaire « Pour réduire le tabagisme, il suffirait dinformer
les enfants des écoles primaires des méfaits de la cigarette,
avant quils ne commencent à fumer. Ainsi, en quelques décennies,
de futures générations de non-fumeurs mettraient les compagnies
de tabac en faillite. »
Ce genre de raisonnement souvent entendu, fort simple, a toutefois un défaut
majeur : il ne correspond pas à la réalité. Cest
ce quont constaté des chercheurs de la Direction de la Santé
publique de Montréal-Centre, après avoir suivi des groupes témoins
denfants de la 4e, la 5e et la 6e année, certains ayant été
sensibilisés en classe aux ravages du tabac, et les autres nayant
pas reçu ces informations. Or, au bout dun an, les garçons
renseignés étaient trois fois plus nombreux à fumer que
leurs camarades nayant pas suivi les cours antitabac. Chez les filles,
le paradoxe sest avéré encore plus étonnant : les
informées étaient cinq fois plus nombreuses à se laisser
tenter par la cigarette !
Devant ces résultats pour le moins navrants, les responsables du programme
Cur en santé - Saint-Louis-du-Parc ont décidé
de retirer le volet tabac de lhoraire, pour se concentrer sur lalimentation
et lactivité physique, deux volets ayant amélioré
les habitudes de vie chez les enfants.
La DSP de Montréal-Centre a aussi organisé un colloque sur la
question, les 17 et 18 avril, réunissant des spécialistes de la
prévention du tabagisme auprès des enfants, afin de déterminer
quelles seraient les options les plus favorables.
Des experts venus dOntario, de Californie, du Vermont et de Floride, ont
partagé leur savoir-faire avec une centaine de délégués
provenant du monde scolaire et de la santé publique du Québec.
Les responsables du programme montréalais aux résultats inusités,
Lise Renaud et Véronique Déry, ont été réconfortées
par les propos de leurs collègues.
Des différences environnementales ayant été remarquées
entre les groupes de comparaison, les experts nont pu conclure avec certitude
que les cours de sensibilisation au méfaits du tabac avaient poussé
les enfants à fumer.
Toutefois, ils considèrent que le tabagisme juvénile ne peut être
prévenu et diminué quau moyen dun contexte global
favorable et cohérent, soit une hausse du prix des cigarettes, linterdiction
stricte de la vente aux mineurs, de même que le bon exemple des professeurs,
des parents et des aînés. Lintervention dans les écoles
nest quun outil complémentaire, pouvant prendre aussi la
forme de programmes dabandon pour les enfants déjà accrochés,
les professeurs et les parents, ont-ils convenu.
Pour obtenir une copie du rapport du colloque, ou pour plus de renseignements,
on peut communiquer avec Lise Renaud, au (514) 528-2400, poste 3447.
D.C.