(Tiré de Info-tabac no 29, novembre-décembre 1999)
par Denis Côté
Plusieurs données devraient favoriser linstauration des restaurants sans fumée au Québec. En voici quelques-unes :
Normalement, tout cela devrait porter lindustrie de la restauration au premier rang de la lutte antitabac. Pourtant, au Québec en 1999, il est toujours aussi difficile de dénicher un restaurant qui interdit à ses clients de répandre de la fumée nocive et déplaisante autour deux. Pour sa part, lAssociation des restaurateurs du Québec demande des assouplissements à la Loi sur le tabac, la jugeant trop sévère.
Il y a quelques mois, à deux reprises, Info-tabac a demandé à ses lecteurs sils connaissaient des restaurants sans fumée au Québec. La récolte de renseignements fut très modeste. Avec laide de nos quelque 2000 lecteurs intéressés à la réduction du tabagisme, nous navons compté que huit restaurants sans fumée, avec service aux tables.
Le Parlementaire, à Québec, serait le plus important restaurant sans fumée de la province. Exploité par lAssemblée nationale elle-même, et non par un franchisé, Le Parlementaire a interdit lusage du tabac il y a deux ans, précise le maître dhôtel Pierre Faures.
Au début, linitiative parlementaire a entraîné une perte denviron 20 % de la clientèle, due essentiellement à la désertion de certains députés « grands fumeurs », se rappelle M. Faures. Aujourdhui, les non-fumeurs se disent enchantés de lambiance saine qui règne et lachalandage a repris son volume antérieur, souligne-t-il.
Dans le quartier Les Saules, également à Québec, Gilbert Chevalier, Lise Gill et leurs cinq enfants tiennent une auberge et un restaurant sans fumée jumelés à leur maison.
Établissement fondé en 1996 et reconnu pour ses moules et ses bières importées, Douceurs Belges a déjà reçu le ministre Jean Rochon, père de la Loi sur le tabac, et sa collègue péquiste Diane Barbeau, députée du coin.
Entre autres, Douceurs Belges est fréquenté par des touristes américains qui avouent leur dédain pour les restaurants québécois enfumés. Malheureusement, très nombreux sont les restaurants de la vieille capitale, et parmi les plus chics, à navoir même pas de section non-fumeur.
Pour sa part, Andrée Dompierre fait figure de pionnière. Elle est propriétaire dun restaurant de 31 places et gîte non-fumeur, La Crémaillère, situé à Messines en Outaouais, près de Maniwaki. Depuis sept ans, elle na noté que deux annulations de réservation à cause de sa politique sans fumée.
Sur lÎle de Montréal, nous navons trouvé que deux restaurants sans fumée avec service aux tables. La Colombe, au 554 Duluth Est, qui na que 35 places, a choisi cette voie originale.
Lautre perle rare nest cependant ouverte que de juin à septembre, et ce pour le dîner seulement (de 11h à 14h). Il sagit de La Mousson, opéré par Sodexho Marriott au Biodôme du parc Olympique.
« Nous navons pas de difficultés à faire respecter linterdiction de fumer, puisque nous sommes situés dans un environnement qui respecte la nature et les animaux », signale Benoit Bussières, directeur du service alimentaire.
Les amateurs de tennis sont parmi les premiers Québécois à goûter à la restauration sans fumée. Au moins deux clubs intérieurs interdisent lusage du tabac dans leurs lieux, sans exclure le bar et la salle à manger. Il sagit de la Sporthèque de Hull, depuis septembre 1997, et du Multisport Carrefour à Laval, depuis septembre 1998.
Après avoir travaillé 15 ans dans des bars enfumés, Jacques Lemieux a lancé à Sherbrooke, en novembre 1998, un sympathique établissement sans fumée offrant des déjeuners-santé et un menu du jour équilibré. Le Café du Globe, ouvert de 8h à 23h, sept jours par semaine, est situé au 2230 rue Galt Ouest, près de la Cité universitaire.
M. Lemieux rapporte navoir vu, depuis un an, que deux ou trois clients vraiment fâchés de ne pouvoir fumer dans son café. Contrairement à ce que plusieurs personnes de son entourage avaient craint, linterdiction de fumer est bonne pour les affaires, estime-t-il. « Souvent, mon restaurant est plein, alors que le Subway, juste à côté, qui permet de fumer, est à peu près vide », dit-il, fier de son audace.
Même si notre recherche était limitée aux restaurants offrant le service aux tables, nous devons signaler certains autres endroits offrant des repas sans fumée, la principale étant la chaîne McDonalds. Depuis le 7 mars 1994, il y a plus de cinq ans, une soixantaine de restaurants McDonalds du Québec interdisent lusage du tabac dans leurs lieux, en respect dune politique interne nord-américaine.
Presque toutes les succursales qui appartiennent à la chaîne sont sans fumée (31 sur 34). Toutefois, la grande majorité des 194 établissements franchisés du Québec ont préféré maintenir une section fumeur.
Dans la région de Montréal, plusieurs aires de restauration au sein dédifices à bureaux et de centres commerciaux osent également interdire la cigarette.
Le premier fut la Place Ville-Marie en juin 1994, suivi du Complexe Desjardins en janvier 1996. Cinq centres de Cadillac Fairview ont ensuite donné un grand coup en mars 1998 (Galeries dAnjou, Carrefour Laval, Promenades Saint-Bruno, Fairview Pointe-Claire et Centre Eaton). Les principaux autres braves sont Les Promenades de la Cathédrale en juin 1998, le Mail Cavendish en mai 1999 (par règlement municipal) et le Centre de commerce mondial en septembre 1999.
Le Québec compte sans doute plusieurs épiceries, pâtisseries ou boulangeries sans fumée qui disposent de quelques tables de restauration. Même si elles offrent le service aux tables, nous ne les avons pas considérées comme des restaurants, leurs menus étant très limités. Elles se spécialisent davantage dans les aliments pour emporter.
Nous navons pas cherché les cafétérias de maisons denseignement, de compagnies, dhôpitaux ou autres qui ont réussi à faire disparaître leurs cendriers. Le Québec étant en retard sur ses voisins anglophones en ce qui concerne lappui aux mesures antitabac, les gestionnaires de cafétérias ont encore certains problèmes à bannir la cigarette, et ce même dans les hôpitaux.
Aux États-Unis, de nombreuses villes et cinq États interdisent lusage du tabac dans les restaurants, sans que cela ne leur ait causé dennuis financiers. Cest le cas de lUtah, de la Californie, du Maryland, du Vermont (depuis juillet 1995) et du Maine (depuis le 19 septembre dernier).
Les villes de New York et de Boston ont aussi franchi cette étape. Au Canada, la Colombie-Britannique est à lavant-garde : le tabac sera proscrit dans les restaurants et dans les bars à compter du 1er janvier 2000.
La région dOttawa fait aussi belle figure dans le domaine. Selon le site Internet du service de santé régional (www.rmoc. on.ca/pictures/fsmoke.html), on aurait dénombré par moins de 236 restaurants sans fumée, dont 44 avec service aux tables. Les Québécois désirant prendre un repas sans fumée ont donc un bon choix de menus ... à Ottawa, dans le Vermont et dans le Maine !
En juin dernier, lAlberta Tobacco Control Centre a recensé les principaux articles spécialisés et les recherches les plus poussées traitant de limpact économique des restaurants sans fumée en Amérique du Nord. Le volumineux document du centre albertain se résume en peu de mots : linterdiction de fumer dans les restaurants entraîne généralement une légère hausse de la clientèle.
Ces expériences réussies de législation antitabac pour les restaurants ont lieu chez nos voisins anglophones. Quarriverait-il au Québec si le gouvernement avait raccourci le délai à quatre ans au lieu de dix, par exemple, pour lérection des cloisons, ou si dautres chaînes abolissaient la fumée ?
Réalisé au printemps 1997 par Léger & Léger auprès de 2305 répondants québécois, un sondage arrive à des conclusions encourageantes. Au sujet des restaurants à service rapide, 76 % des Québécois estiment quils les fréquenteraient aussi souvent si le tabac y était interdit, 11 % plus souvent et 12 % moins souvent. Leurs réponses étaient presque identiques pour la fréquentation des centres commerciaux.
Si les premiers centres commerciaux québécois sans fumée font de très bonnes affaires, pourquoi nen serait-il pas de même pour des restaurants à service rapide, alors que les opinions des consommateurs sont similaires ? Pour les restaurants avec service aux tables, les intentions de fréquentation sont de 14 % plus souvent, 67 % aussi souvent et 18 % moins souvent. Cela offre tout de même un formidable marché, pas encore exploité, pour la restauration de qualité dans un environnement sans fumée.
Avec lentrée en vigueur de la Loi sur le tabac, qui impliquera limplantation dune multitude de lieux sans fumée, les Québécois, fumeurs comme non-fumeurs, bénéficieront dun air plus sain et plus agréable. Il est fort possible que cette évolution ouvre le chemin à la restauration québécoise sans fumée bien avant 2009.
Liste
de restaurants sans fumée au Québec
(mise à jour 2002)