(Tiré du supplément sur les mises en garde de santé sur les paquets de cigarettes canadiens, Info-tabac no 47, novembre 2003)
À travers le monde
Cela fait au-delà de 40 ans que les méfaits du tabagisme sont prouvés, mais les gouvernements ont été lents à réagir. Pourtant, combien de personnes meurent plus tôt à cause du tabac et privent ainsi leur famille et la société de leur présence ? Combien traversent de pénibles souffrances et voient leur qualité de vie diminuée, sans compter les coûts supplémentaires occasionnés au système de santé ?
À l’échelle mondiale, le nombre de décès dus au tabagisme augmente sans cesse. Les experts de l’Organisation mondiale de la santé estiment que le tabac tue quelque cinq millions d’humains par année, soit une cadence moyenne de neuf morts à la minute. En 2030, l’hécatombe se chiffrera à dix millions de morts par année, dont 70 % dans les pays en développement, si des mesures antitabac énergiques ne sont pas adoptées rapidement.
Actuellement, au moins neuf pays sur dix exigent des avertissements de santé sur les produits du tabac. Le contenu s’améliore et l’espace occupé grandit régulièrement, malgré l’opposition des compagnies de tabac. Le Canada a été le premier à imposer des illustrations. Plusieurs nations s’en sont inspirées, ou ont carrément emprunté les mêmes images. Les pays en développement participent aussi à cet effort, mais leurs avertissements sont souvent plus petits et moins évidents (par exemple sur le côté des paquets de cigarettes).
« Les Européens ont été impressionnés par ce qui se faisait au Canada, rappelle Rob Cunningham, de la Société canadienne du cancer. Dès 2000, ils ont mis sur pied une commission d’étude sur la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac. » L’année suivante, l’Union européenne a émis une directive demandant à ses États membres de légiférer sur l’étiquetage des produits du tabac. Un avertissement général sur les risques de maladies ou de mort doit figurer sur 30 % de la surface avant des paquets de cigarettes. Sur 40 % du verso, quatorze messages utilisés à tour de rôle décrivent les effets néfastes du tabagisme sur la santé. Chaque pays peut décider de les accompagner d’illustrations choisies parmi celles incluses dans la directive. Ce sont les Pays-Bas qui ont appliqué ces mesures les premiers, en mai 2001. La Grande-Bretagne a suivi en janvier 2003, et la France en septembre de la même année.
L’Organisation mondiale de la santé est, elle aussi, passée à l’action. En mai 2003, l’OMS a adopté la Convention cadre pour la lutte anti-tabac. Ce traité réglemente la prévention et le traitement du tabagisme, le commerce, les taxes et la contrebande, la publicité et les commandites du tabac. Il prévoit des avertissements de santé occupant le tiers (et idéalement la moitié) de la surface des paquets de cigarettes. Pour entrer en vigueur dans les pays y adhérant, cette convention doit d’abord être ratifiée par un minimum de quarante d’entre eux.
Partout dans le monde, les gouvernements veulent préserver la santé de leurs citoyens en les prévenant des dangers du tabac. En Australie, les messages ont pour but avoué d’effrayer les fumeurs, de leur faire prendre conscience qu’en fumant, ils mettent en danger leur santé et même leur vie. Le Brésil impose une série de mises en garde sur le verso des paquets de cigarettes, appuyées par des photos particulièrement réalistes. La Thaïlande a conçu ses avertissements pour toucher en particulier les adolescents ; approuvées en 2003, les nouvelles règles devraient s’appliquer un an plus tard. Le ministère de la Santé de Singapour a préparé six messages illustrés à utiliser en rotation sur les paquets de cigarettes à partir d’août 2004. La moitié de ces images sont les mêmes qu’au Canada.
La tendance est forte à l’échelle mondiale. Bientôt, partout sur la planète, les fumeurs seront prévenus de manière claire et souvent frappante des risques qu’ils courent. Le Canada aura joué un rôle-clé dans ce progrès de santé publique, en instaurant les premières mises en garde antitabac illustrées et en couleurs. Mais aussi en facilitant l’adoption de la Convention cadre mondiale, laquelle favorisera la dissémination de ces messages un peu partout dans le monde.