(Tiré
du supplément sur les mises en garde de santé sur les paquets de cigarettes
canadiens, Info-tabac no 47, novembre 2003)

« Donne-moi ta bouche ! »
La fumée du tabac agit immédiatement dans la bouche du fumeur : c’est son premier terrain d’attaque. De plus, les substances mises en circulation dans le sang rejoignent, par l’intérieur, la gorge et la bouche.
Quelques signes peuvent annoncer un cancer de la bouche ou du larynx : la peau à l’intérieur de la bouche durcit et blanchit, ou bien une petite bosse grossit sur ou sous la langue. « Les dentistes peuvent facilement détecter un début de cancer, indique le docteur Benoît Lalonde, dentiste spécialisé en médecine buccale. Le signal d’alarme, c’est un ulcère qui s’installe et ne guérit pas tout seul après 15 jours. »
On peut guérir un cancer buccal détecté à temps. À un stade avancé, il faut cependant enlever une partie de la langue. Les cancers de la bouche et de la gorge se rencontrent presque exclusivement chez les fumeurs. Cinq ans après le diagnostic, seulement la moitié des victimes sont encore en vie. Cette maladie emporte plus de 300 fumeurs par année au Québec.
Le tabac nuit également aux gencives : saignement, rétrécissement, déchaussement des dents. Quand ces problèmes s’aggravent, la gencive devient douloureuse et les dents peuvent tomber. Pas facile de réagir, car le phénomène s’installe peu à peu, sans crier gare.
Les fumeurs ont presque trois fois plus de risques que les non-fumeurs d’avoir des gencives abîmées, surtout les hommes. L’effet augmente avec le nombre de cigarettes. Inutile d’expliquer longtemps que priser ou chiquer du tabac (comme les joueurs de baseball autrefois !) comporte des dangers similaires ; les possibilités sont toutefois inférieures.
« Quand j’opère pour une tumeur de la langue, je trouve ça dramatique, avoue le docteur Benoît Lalonde, chirurgien spécialisé pour la bouche au CHUM. J’essaie de minimiser les dégâts, mais je sais bien qu’il y a des risques que la personne opérée ne soit plus capable de parler ou même de manger normalement. »
« Le plus dur est de réapprendre à parler »« J’ai eu une tumeur sur les cordes vocales il y a maintenant 33 ans. Les médecins m’ont d’abord traité avec des rayons X : l’effet a duré deux ans. Après, j’ai dû me faire enlever le larynx. Depuis ce temps-là, j’ai un trou dans la gorge qui me sert à respirer.
Mais apprendre à parler par la gorge, avec une voix œsophagienne comme on dit, ce n’est pas facile. Pour que les autres nous comprennent bien, cela demande beaucoup de pratique et d’efforts. Plus d’un opéré, surtout les plus âgés, n’y arrivent pas. Certains utilisent des appareils électroniques, mais je trouve que cela donne une voix de robot !
C’est un cancer sournois, difficile à diagnostiquer, même pour un médecin de famille. Au début, il se manifeste par des banalités : une voix éraillée qui ne se replace pas rapidement, une respiration difficile, ou encore des maux d’oreilles sans raison valable. Il n’y a souvent qu’une laryngoscopie pour détecter des cellules cancéreuses et confirmer le diagnostic.
En réalité, je ne fumais pas tant que ça. »
- Jean-Paul Tardif Fondateur et secrétaire exécutif de la Fédération québécoise des laryngectomisés |